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        <title>Parlons peu... - journalisme</title>
        <description>Publications 1930-1950</description>
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                <title>Les origines démocratiques du blog</title>
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                <author>noreply@blogspirit.com (Marcel Salnave)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 31 Dec 2006 16:46:57 +0100</pubDate>
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                    On oublie par trop les origines démocratiques du journal. Sans l’intervention de l’écriture dont l’imprimerie n’est que l’aboutissement, il eût été, sans doute, impossible de mettre fin aux pratiques de la Grèce antique, où l’on voyait le peuple se réunir sur la place publique pour s’informer par ouï-dire des faits importants, échanger des propos, entendre discourir les savants. Le journal est né de ces anciennes coutumes. C’est donc qu’il est fait par et pour le peuple.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Naturellement, je néglige les écrivains dont les copies sont le plus souvent des inventions (le mot ici a le sens de découverte) recommandable en ce qu’elles enrichissent le domaine de la pensée et forment les bases de la saine opinion. Et je n’envisagerai pas non plus le rédacteur dont le rôle se réduit à celui d’un clerc. En effet, s’il relate simplement les événements, il n’est à ce faire qu’un scribe; et quand il les commente, il ne reflète que l’opinion anonyme et inédite de la foule qu’il a pu capter avec, plus ou moins de bonheur, selon son intelligence et son flair.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Souvent on dit que la presse est la reine de l’opinion. Nenni! l’opinion que présente la presse, quatre-vingt dix neuf fois sur cent n’est point la sienne. Elle est celle de la majorité, celle du public auquel le journal, suivant le mot de la Bruyère, rend le bien prêté. Car, ici encore le public est le grand pourvoyeur; celui dont la démarche s’imprime quotidiennement dans les colonnes du journal, démarche à laquelle nul ne saurait s’opposer sans troubler la quiétude générale...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puisqu’il en est ainsi, pourquoi, ne pas solliciter de temps en temps l’aimable collaboration de tous? Aujourd’hui j’ai idée qu’une petite enquête toute d’actualité ferait, peut-être, la joie de nos abonnés et celle de nos lecteurs, en général.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au coup de canon tiré à minuit et marquant l’éclosion de l’année 1941, nous avons eu tous une pensée quelconque. Quelle a été cette pensée? “Haïti-Journal” publiera avec plaisir les réponses, pas trop longues, qui lui parviendront.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marcel Salnave&lt;br /&gt;Haïti-Journal 31 décembre 1940
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                <title>Très bien, Miss Effron, mais...</title>
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                <author>noreply@blogspirit.com (Marcel Salnave)</author>
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                                                <pubDate>Tue, 05 Sep 2006 17:25:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    Miss Effron a compté 9 copies. Encore une, et elle aura donné son dixième et dernier article au Nouvelliste. Il est peut-être temps de dire ce qu’on pense, du moins de ce côté-ci.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jusqu’aux dernières années qui ont précédé la guerre, le journalisme s’apprenait ici par correspondance et il nous arrivait parfois, de tomber sur des cours professés par des maîtres réputés, où sont divulgués les trucs du métier. Bien que nous n’aimions pas ce genre standard qui présente l’inconvénient de lasser finalement, par sa technique immuable, nous ne dirions pas que, ayant appris le métier, Miss Effron n’est pas un bon journaliste et qui mieux est une personne aimable. Ses chroniques ont embrassé des sujets intéressants et comme toutes les bonnes chroniques, elles ont charmé le lecteur sans laisser de souvenir. C’est dire que nous ne souvenons guère des précédentes. Mais, puisque le moment est venu de rendre hommage à ce confrère (M. Bellegarde dirait cette consœur), nous nous arrêterons, si on nous le permet bien, à un récent article, celui justement critiquant la loi réglementant le droit d’expression en Haïti, qui vient d’être soumise à l’appréciation du Parlement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La liberté de la Presse! Il ne manque pas d’arguments là-dessus, pour et contre, à un journaliste consommé comme Miss Effron.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La question, dans le monde, est controversée à l’infini. Ecrivant pour un journal “libéral”, Miss Effron, naturellement, a pris le contre-pied de l’opinion officielle, sans s’apercevoir, heureusement pour le gouvernement, du côté tout relatif de la loi. Car à la vérité, l’Exécutif n’entend porter aucune atteinte au principe de la liberté de la presse, et l’unique restriction  qu’on relève dans la loi procède d’un esprit de justice parfaitement compréhensible. Si la législation générale sanctionne la diffamation et est facilement opérante dans les conflits entre simples particuliers, il ne conviendrait, par contre, pas de l’invoquer, s’agissant du Président de la République et des Secrétaires d’Etat dans l’exercice de leur fonction. Les hauts fonctionnaires ne demandent pas réparation des injures. Dès lors, n’est-il pas juste de les en épargner? Nous disons bien des “injures”, et il ne saurait être questions des critiques que peuvent susciter les actes administratifs de tel haut fonctionnaire. Mais, Miss Effron s’est cramponnée au terrain strictement objectif. Pour une fois, elle a entendu ignorer les travers du milieu, l’incompréhension d’un bon nombre d’haïtiens et mille autres contingences politiques, pour ne considérer que les grands principes. Dès lors, elle devient magnifique et on semble l’approuver généralement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces idées, d’ailleurs, qu’elle a émises sur la liberté de la presse ne sont-elles pas familières à la plupart de ses lecteurs? Mais cela ne suffit pas pour lui donner raison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parce que nous vivons en Démocratie, on croit que le gouvernement n’a aucune responsabilité dans le comportement des citoyens, et l’on semble lui faire grief quand il se propose d’harmoniser l’exercice des droits avec les intérêts de la collectivité ou de la société. Le principe du contrôle social des libertés individuelles devient, de cette façon, lettre morte. Le constituant ou le souverain n’a fait, pourtant, que proclamer les droits, laissant au législateur ordinaire le soin d’en réglementer l’exercice, car il sait il y a forcément un brin de sagesse, un tempérament à apporter à la jouissance des privilèges démocratiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Miss Effron soutient que la presse doit être libre, totalement libre. L’exposition de sa thèse est claire. Elle est adroite aussi et quelques lignes de plus, elle aurait quelque perfidie. Ainsi Miss Effron a écrit: “Comment un gouvernement peut-il travailler aveuglement sans s’inquiéter de la réaction spontanée du peuple à l’égard de son programme? La presse libre est le seul moyen régulier de communication entre le peuple et son gouvernement. Une législation restrictive de la liberté de la presse est vraiment étrange...”&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En lisant ces commentaires, on pourrait croire que le gouvernement, dans le projet de loi sur la presse, s’est opposé au droit de critique des journaux. Or, il n’en n’est rien. L’unique restriction ne tend qu’à garantir le respect dû à l’autorité, dans un petit pays émotif, comme l’a expliqué le Président Estimé lui-même, et cela dans l’intérêt de l’ordre et de la paix. Là-dessus, d’ailleurs, l’opinion haïtienne est faite, car, les abus de certains journalistes, dans un passé qui peut bien renaître, ne pouvaient ne pas appeler finalement cette restriction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais comment Miss Effron trouve-t-elle opportun de s’en alarmer, quand elle-même reconnaît que “généralement dans tous les pays du monde, il y a des lois qui contrôlent la moralité de la presse. C’est raisonnable et juste, et le moindre citoyen, comme le Président lui-même (c’est Miss Effron qui parle) a le droit d’être traité avec un certain respect dans les journaux de son pays?” Ayant ainsi opiné, tout au plus pourrait-elle manifester le regret, ignorant sans doute les dispositions de notre législation générale sur la question, que la mesure restrictive ne se soit pas étendue à tous les citoyens sans distinction. De cette façon, le projet eût revêtu, aux yeux de Miss Effron du moins, un esprit plus démocratique. Mais, la “  consœur” américaine voit moins, un esprit de danger dans le mensonge et la calomnie que dans une presse réglementée pour son prestige et sa dignité. Aussi, peu lui importe que nos journalistes soient décriés comme ceux de son pays, pourvu qu’ils puissent calomnier et soigner leur clientèle aux dépens du prochain, quel qu’il soit. Simple affaire de mentalité. Là-bas, aux Etats-Unis, on est objectif, réaliste, et les mots des journalistes, s’ils amusent le lecteur, n’ont pas la vertu de modifier l’aspect véritable des choses. La monstrueuse campagne contre l’immortel Roosevelt n’eut pas d’influence sur les américains. Mais, à l’étranger, particulièrement en Haïti, on en fut touché jusqu’aux larmes. En Allemagne, on s’en indigna aussi. On rapporte que certains de ces articles donnaient le hoquet à Hitler lui-même qui fut si peu généreux pour ses ennemis. Si le peuple américain est resté fidèle, malgré tout, au grand leader de la démocratie, on doit dire néanmoins que cette campagne de presse vantée par miss Effron, n’a pas été à l’honneur des journaux américains, et elle ne plaide nullement en faveur de la liberté de la presse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ici en Haïti, on est subjectif, impressionnable à l’excès et une simple calomnie ruine, assez souvent la personnalité morale le plus robuste. Nous croyons que notre petite société qui a besoin de toutes ses vertus, a droit à une certaine protection.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autre point, Miss Effron a insisté dans son article, sur la nécessité de critiquer les actes politiques, comme s’il y avait un texte s’y opposant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;“La liberté de la presse, je le répète, a t-elle écrit d’un ton doctrinal, est l’expression politique quotidienne de la pensée du peuple. Si on y met des limites, c’est le commencement de la fin. Car comment distinguer entre une “insulte’ et une attaque justifiée? Il n’y a pas, vraiment, de différence pratique entre les limites, apportées à la liberté de la presse et l’annulation pratique de la presse. S’il y a le moindre soupçon qu’on jette le journaliste en prison pour trois ans, et pour une fausse interprétation d’un article, le journaliste n'ose pas écrire du tout.”&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’abord, la liberté de la presse ne se manifeste pas toujours dans une expression politique. Il n’en n’est pas question non plus, la critique objective n’étant nulle part interdite. mais, nous nous apercevons que Miss Effron ne peut plus camoufler son parti-pris. Comment le journaliste pourrait-il être jeté en prison pour trois ans, tout bonnement? il y a des juges à Port-au-Prince et ce sont eux qui devraient se prononcer, en toute indépendance, sur le cas du prévenu. Si Miss Effron a lieu maintenant de douter de notre Justice, c’est là une autre question et qui fera peut-être l’objet de son denier article chez notre “libéral” confrère “Le Nouvelliste”.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En résumé, d’après Miss Effron, l’homme public doit être surveillé de près – jusque dans le privé –  par la presse gardienne des vertus, ne serait-ce que pour guider et maintenir le pouvoir, comme le ferait une bonne maman, sur la voie du bien. Mais elle n’a pas dit ce qu’il faudrait faire si la presse se révélait, tout à coup, une marâtre; si devenue passionnée, malade, elle perdait le sens de ses vrais et beaux devoirs pour tomber dans l'immoralité et l’improbité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le véritable nœud de la question est sans doute là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si la logique de Miss Effron est infaillible, lorsqu’elle tend à démontrer les bienfaits de la presse – de la presse honnête, devrait-on préciser, – ses pensées, par contre, jettent une note de générosité au milieu de nos contingences, et la subtile chroniqueuse feint, avec art, d'ignorer la lutte ardente des passions chez nous. Malgré la chaleur communicative de son beau plaidoyer en faveur de la presse) nous regrettons, dans les intérêts moraux de l’institution qui n’a ni syndicat, ni même une association de journalistes pour veiller sur son prestige et l’observance de ses règles de conduite, nous regrettons de ne pas partager le libéralisme de notre complaisante amie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est bien d’évoquer la Démocratie. Qu’on se rappelle, cependant que la Démocratie a besoin d’être contrôlée dans ses manifestations essentielles pour ne pas se transformer en anarchie. Le bulletin est réglementé. Ne va à l’urne qui veut. Il y a un âge comme il y a des conditions pour exprimer sa volonté politique, et les incapables et les interdits ne votent pas. La presse, qui est sœur jumelle du bulletin, doit aussi être réglementée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marcel Salnave&lt;br /&gt;Haïti-Journal 19 décembre 1946  
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                <title>Anniversaire</title>
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                <author>noreply@blogspirit.com (Marcel Salnave)</author>
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                                                <pubDate>Sat, 02 Sep 2006 14:00:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    Avant la guerre, jusqu’à l’année dernière encore, le marasme, accentué par la catastrophe européenne n’ayant pas atteint l’acuité actuelle, notre Directeur pouvait renouveler un geste cher à son cœur d’artiste; réunir les confrères et quelques personnalités en une fête charmante, autour du Fondateur d’Haïti-Journal, M. Sténio Vincent, Président de la République, fête au cours de laquelle coulaient de pair le champagne et les bons mots.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, l’instant de bonheur sera uniquement de propos aimables, de beaux souvenirs et de nobles espérances, toutes choses que fait surgir un jour d’heureux anniversaire. A cette minute qui nous est particulièrement agréable, dans l’atmosphère chaude des vœux qu’on échange entre collaborateurs et parmi les fleurs – attention délicate des amis – dont l’éclat et le parfum ne remplaceraient jamais, il est vrai, les présences évoquées, je pense aux services incommensurables que la presse a rendus. On a beau dire que le journal est une industrie et un commerce, que je n’en crois rien. Peut-être est-il cela; mais, il est sans doute mieux que cela. Personnellement, je me fais une grave idée du journaliste dont la mission est comparable, dans une large mesure, à celle de l’éducateur, dans ce pays-ci surtout, où la majorité a besoin qu’on pense pour elle. C’est la raison pourquoi la carrière devrait être réglementée. Car, si le journaliste instruit et honnête est utile à son milieu, l’autre, le primaire ou le coquin qui vit de chantage, n’ayant nulle semence à répandre, peut, tout en respectant la loi ordinaire sur la presse, constituer un danger social.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puisque la plus parfaite union existe maintenant parmi les journalistes haïtiens, pourquoi ceux-ci n’essayeraient-ils pas de jeter les bases définitives du syndicat de la presse? En se donnant leurs propres statuts auxquels ils devraient une obéissance toute passive, les journaux veilleraient eux-mêmes au maintien des bonnes traditions de la carrière, en même temps qu’ils contribueraient – du moins je le crois – à rendre caduques les mesures qu’à un moment donné le pouvoir a dû prendre contre la corporation, dans l’intérêt de l’ordre, de la discipline et de la paix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marcel Salnave&lt;br /&gt;Haïti-Journal, 20 janvier 1941
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                <title>Le courage du journaliste.</title>
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                <author>noreply@blogspirit.com (Marcel Salnave)</author>
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                                                <pubDate>Thu, 18 May 2006 14:05:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    Il ne s’agit pas de ce courage bruyant qu’apportent certains journalistes dans la défense des idées ou des principes qu’ils préconisent, courage tout d’attitude assez souvent, et qui n’est, quand surtout il s’oppose à la force gouvernementale, que démonstration calculée, duperie, mensonge... Ce n’est pas non plus de la position dangereuse que je veux parler, qu’on voit prendre l’un en face de l’autre des publicistes antagonistes, et qui suggère des craintes sur l’issue de la discussion. Le courage que j’évoque est fait de moins de tapages.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roussan Camille, parlant du journaliste disait que l’être était magnifique de dévouement qui accepte les veilles pour le rayonnement du journal auquel il appartient et qu’il aime autant que son propre bien. Il écrit cela ou à peu près; car, c’est de mémoire que je le cite après 3 ou 4 ans que son article m’est tombé sous les yeux. Cela sans doute, dénote du courage. Mais c’est du courage résultant du zèle et du désintéressement qu’on met à l’élaboration ou au maintien d’une entreprise. En général, tout effort en vue de la réalisation d’une œuvre suppose plus ou moins de courage. Sous ce rapport et sous celui de la polémique, Charles Moravia à qui songeait Roussan Camille était un journaliste courageux. Mais, je voudrais encore qu’on sache que le courage que j’évoque n’est pas seulement fait d’ardeur et de labeur. Il est nuancé à l’infini. C’est un courage subtil, discret, insoupçonnable et insoupçonné, à force d’être inséparable de la carrière même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a été beaucoup écrit et je ne prétends pas avoir tout lu sur le journalisme et ses adeptes. Néanmoins, à la réflexion, je me mets à douter que la chambre de rédaction ait été arpentée, analysée entièrement. La chambre de rédaction ou seulement l’être pas toujours anonyme qui l’anime, le rédacteur quotidien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’écris naturellement sous l’influence et les expériences du milieu. Aussi, je crois que dans ce domaine du journalisme, ce qui est facile ailleurs devient une complication chez nous et voilà pourquoi, en parlant de ce courage spécial de l’ouvrier de la plume, il me plaît de saluer bien bas ceux dont la tâche est d’écrire chaque jour; d’écrire sans répit, de livrer leur opinion à la publicité et à la minute même où perdant confiance en eux-mêmes, ils préfèrent s’abstenir au moins une fois. La gravité de ce point est que, dû à la vie sociale restreinte d’Haïti tout le monde se connaît, se rencontre, se coudoie journellement. Il semble alors, que le sacrifice est complet. On ne se livre pas à des étrangers, mais à des êtres qui vont vous saluer tout à l’heure dans la rue. Ah! l’hypocrisie de ce salut... Et ainsi se reprend sans cesse ce drame obscur, semé de malentendu, entre le journaliste et les lecteurs. Pourtant si en écrivant on essayait de voiler sa pensée intime, de se montrer autre qu’on est réellement? Impossible le journaliste honnête ne peut professer qu’en émettant des opinions sincères, qu’importent les risques que lui vaut sa franchise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce grand sacrifice, celui du journaliste offrant sa pensée toute nue trouve-t-il au moins une compensation? On se plaît à le croire. Il y a même un propos courant qui l’affirme et qu’on tient, volontiers, à l’occasion des rares succès qui échoient à quelques hommes de la carrière. On reconnaîtra, néanmoins, que cela n’est vrai que dans la mesure de la chance de chacun.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marcel Salnave&lt;br /&gt;Haïti-Journal 17 janvier 1940
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                <title>La Démocratie en action</title>
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                <author>noreply@blogspirit.com (Marcel Salnave)</author>
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                                                <pubDate>Thu, 16 Feb 2006 17:15:00 +0100</pubDate>
                <description>
                    Durant notre court séjour de trois semaines aux Etats-Unis du Nord, un désir constant nous domina: celui de rapporter du grand pays de Lincoln un exemple concret d’action démocratique. On nous avait dit que nous allions visiter le royaume de la Démocratie et  que là-bas aux Etats-Unis, la grande déesse n’avait qu’à lever le doigt pour qu’on obéisse à ses caprices. On nous avait dit qu’elle y était partout et qu’à force de se montrer, elle avait fini par être présente dans tous les esprits.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Que la démocratie soit dans l’esprit de chaque américain du nord, voilà qui est incontestable. C’est au point qu’on ne saurait se tromper en disant que l’américain est démocrate par nature. La démocratie est sa marque d’origine, sa caractéristique et, si l’on veut avoir une juste idée d’un comportement vraiment démocratique c’est aux E.U, à New York surtout, dans cette ville immense où grouillent journellement environ 8,000.000.00 d’êtres et où s’entrechoquent tant d’intérêts divers, qu’il faut l’aller chercher. Rencontrerions-nous la Démocratie dans la rue, en haillons et nu-pieds comme elle se montre souvent chez nous, ou en robe de soirée et en habit de marquis, comme cela se doit dans ce milieu incroyablement luxieux qu’est New york?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un matin nous nous trouvions brusquement en face d’elle. C’était devant la mairie. Elle portait une robe de ville et tenait son fils par la main. Apparemment indignée, elle avait, malgré tout, ce calme qui s’apparente à la dignité et comprit parfaitement son devoir de s’arrêter à partir du moment où l’homme de police avait dit: Halte là!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que se passait-il? Pourquoi toutes ces mères avec leurs enfants? Les unes pleuraient presque; les autres avaient des accents menaçants. Mais, rien n’y fit. On suggéra d’envoyer une délégation auprès de M. le Maire. Là-dessus, quelque jeunes femmes des plus décidées sortirent des rangs et se dirigèrent vers l’Officier municipal, accompagnées par les agents de l’ordre. On dût leur avoir tout expliqué, car, au bout d’une heure environ que dura la conférence on les voyait qui revenait apparemment satisfaites. Et la foule se dispersa, lentement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sûmmes, le soir en lisant les journaux, que les mères avaient protesté auprès de M. le Maire, à cause d’une école qui avait été transférée dans un quartier, à la demande de quelque superviseur de l’enseignement et, pour quelque motif d’ordre administratif. La protestation, que nous venons de décrire, avait eu lieu, parce que le transfert en question - comme bien on l’aura compris - avait créé un petit problème de transport. Tout le monde, M. le maire, les mères, élèves et maîtres, néanmoins, finit par abonder dans le sens du fonctionnaire responsable, c’est à dire du superviseur dont l’action avait été honnête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà la Démocratie, telle que je l’ai rencontrée dans les rues de New York. Nous nous inclinâmes bien bas devant elle, en souhaitant qu’un jour nous la trouvions chez nous également active, respectée et respectueuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marcel Salnave&lt;br /&gt;6 novembre 1950
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