« A l'écoute de l'Heure de l'Art Haïtien | Page d'accueil | Le mouvement musical à Port-au-Prince »
08.12.2006
Appel en faveur de la Musique Nationale
Nous avons publié, avant hier, l’appel des S.I.P.P. en faveur de la musique nationale. Le mouvement part d’un bon naturel et “Haïti-Journal” qui créa le plus vif enthousiasme autour de cette palpitante question, en organisant en décembre 1945, son concours pour la plus belle meringué, ne saurait rester indifférent à l’appel de notre confrère Marc Séide, Directeur du S.I.P.P.
Le résultat de ce premier concours, néanmoins, avait conduit à cette conclusion que la meilleur campagne à mener en faveur de la musique nationale, c’était celle de la création d’une vraie école de musique. Pourquoi, en effet, sommes-nous toujours enclin à mettre la charrue avant les bœufs? La musique, avant toute musique particulière. Pour donner une valeur en tant que composition, à la musique haïtienne, il importe de savoir composer. Pour composer, il y a des règles aussi universelles que celles du beau parler qu’on doit posséder et qu’on ne possédera jamais sans les avoir étudiées sérieusement. Notre meringué et ses compositeurs n’y échappent pas.
Autre chose est la musique folklorique ou celle jaillie du cœur du peuple, à l’occasion d’une vive douleur ou d’une grande joie ou celle encore d’origine vodouesque venue de nos plaines et de nos montagnes et colportée sans nom d’auteur. “L’Heure de l’Art Haïtien” en présente des spécimen de temps en temps. Ces airs ne sont pas de la musique proprement dite, puisqu’ils n’ont pas été composés. On ne doit pas négliger, à ce sujet, la grande règle de l’art musical occidental (la civilisation occidentale est bien celle d’Haïti) : “La musique, c’est l’art de combiner les sons d’une manière agréable à l’oreille” et l’école conservatrice a retenu toutes les règles de cet art.
Nos airs folkloriques ou populaires, sans noms d’auteurs, pour y revenir, sont, si l’on veut, des matériaux pour la présentation d’une musique spécifiquement haïtienne, mais qui ont besoin, pour s’imposer à l’attention et l’admiration du monde, d’être mis en valeur selon les règles de l’école universelle. Ces règles ne sont pas exclusives, il est vrai, de l’Allemagne, de l’Italie, de la France, de la Russie, des pays scandinaves, etc... et Haïti ou tout autre pays qui a fait des efforts et suivi les filières académiques peut bien y intégrer les siennes propres. D’où la nécessité de l’enseignement, dans ce domaine aussi.
N’est-ce-pas lamentable que nous ne puissions encore déterminer à quel rythme obéit notre méringue: 2/4 ou 5/8? Mais, cette réflexion dépassent le cadre d’un simple article. Nous y reviendrons plus amplement, en des temps plus propices.
En attendant, votons tous pour une bonne école musicale, si nous voulons sincèrement nous occuper de notre musique.
Marcel Salnave
Haïti-Journal 5 février 1947
18:07 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
merci de ton passage amical Marcel sur mes rivages voyageurs
Ecrit par : elgreco | 10.12.2006

