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06.11.2006
La question de l'huile (1)
Voulez-vous un exemple de question d’intérêt général? La question de l’huile de cuisine qui est, d’ailleurs de fabrication nationale, intéresse:
1) le peuple, en ce qu’elle entre dans l’alimentation quotidienne des 90%, pour le moins de notre population – j’entends, naturellement, la population qui peut se nourrir assez sainement;
2) l’habitant, dont le coton se vend aisément et, par conséquent, à un prix appréciable quand les usines peuvent travailler à plein rendement;
3) les usines elles-mêmes, dont deux à Port-au-Prince et une à St Marc emploient en temps normal, une main d’œuvre notoire;
4) le fisc qui perçoit une taxe interne sur le net produit des huileries atteignant Gdes 225,000.00 environ.
La question de l’huile, en vérité, n’est pas terre à terre et loin de sentir la graisse, comme on pourrait le croire, a autant sinon plus de prestige que n’importe quel autre problème du milieu.
Ces jours-ci, disons-le, elle préoccupe particulièrement le gouvernement. La guerre, ainsi qu’on le sait, a provoqué la fermeture du principal débouché pour notre coton, soit le marché européen. Quand cette denrée était exportée facilement, nos usines pouvaient montrer une grande activité, car, les deux entreprises; exportation du coton machiné et fabrication de l’huile de coton et d’autres succédanés de la mantègue sont des industries ici qui se complètent. Or, il est arrivé que, à cause du blocus des ports européens par la flotte anglaise et l’impossibilité pour l’Angleterre, à son tour, de prendre notre coton, il est arrivé, dis-je, que nos huileries connaissent des difficultés presque insurmontables.
Il leur faudrait, pour fonctionner régulièrement, acheter le coton dont les fibres devraient rester en dépôt, en attendant la possibilité de les exporter, tandis que les graines serviraient à la fabrication de l’huile.
Combien de temps dureraient une telle opération? Autant que la guerre elle-même, peut-on répondre. Mais, en attendant, les sociétés disposeraient-elles de suffisamment de fonds ou jouiraient-elles d’un crédit assez important pour le renouvellement de cette transaction, aussi longtemps que ce serait nécessaire?
Toute la question est là. La B.N.R.H. et la Banque Royale du Canada – puisqu’elles sont nos seuls établissement de crédits – ne devraient pas rester étrangères à ce grave problème. Jusqu’à ce qu’une solution y soit trouvée, les usines retardent leurs activités – et cela se conçoit. Ce retard a occasionné la rareté subite de l’article qui est, par surcroît, de première nécessité. Et une fois de plus, il apparaîtrait que nous subissions les conséquences de la guerre autant que les belligérants eux-mêmes.
Marcel Salnave
Haïti-Journal, 7 février 1941
20:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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