« Très bien, Miss Effron, mais... | Page d'accueil | La musique de chambre américaine »

20.09.2006

Ville sans commerce...

 Ville sans commerce ville morte. La simple observation permet de vérifier la justesse de cette proposition qui est loin d’être une boutade, malgré sa forme lapidaire.

Beaucoup d’entre nous – disons les plus de trente – ont connu les villes de la province à leur époque de prospérité: Cap, Cayes, Jacmel, Petit-Goâve, Saint- Marc, pour ne citer que les plus importantes par rapport aux chiffres d’affaires, étaient des villes très animées avant la guerre de 1914. Si elles connurent un moment d’arrêt de 1914 à 1921 – conséquence justement de la guerre – c’était pour recommencer à prospérer à l’ombre d’une exportation intense de nos denrées, notre café en particulier, provoquée par les besoins d’après guerre. Sans doute, la lutte économique était ouverte – elle l’était déjà dès le conflit européen, comme je l’ai montré dernièrement – mais, cette politique foncièrement égoïste en quoi elle devait finalement dégénérer, n’avait pas encore érigé les innombrables restrictions contre lesquelles le monde a crié en vain.

Dès 1929, dû à cette politique qu’on peut même qualifier d’injuste, nos affaires n’ont fait que baisser, la crise s’appesantissait sur nos villes. L’une après l’autre, elles cessaient de s’animer, au fur et à mesure que diminuait la valeur de notre cacao, de notre campêche, de notre café (quand au coton, le charançon s’en était chargé), en attendant l’absence totale de débouché. Alors, nos villes, celles de l’intérieur comme nos ports, ont perdu successivement leur importance et jusqu’à leur prestige. L’exode vers Port-au-Prince,  doit être attribué à la langueur du commerce dans les centres provinciaux.

Je prie de croire que je n’invente point. On n’a qu’à consulter les rapports officiels du Bureau du Représentant fiscal. Le commerce d’Importation et d’Exportation (si l’on excepte le mouvement heureusement créé dans certains ports par la figue-banane) des villes de la province est tellement bas qu’on se demande s’il n’y aurait pas lieu d’envisager la fermeture de certains ports. Mais, là-dessus, je ne tiens guère à insister. Il est tombé de ma plume – incidemment, il est vrai – un problème extrêmement important; important à tous les points de vue, et qu’on n’aurait vraiment pas le droit de traiter à la légère. Une autre fois, j’essaierai de l’aborder. Je rappelle simplement aujourd’hui, pour apaiser l’étonnement des uns et des autres, que Cuba, par exemple, n’a eu pendant longtemps qu’un ou deux ports ouverts, pas plus.

Port-au-Prince, grand port transitaire! Mais, que de questions cette hypothèse ne soulève-t-elle pas? On y reviendra.

Marcel Salnave
Haïti-Journal, 24 janvier 1941

Les commentaires sont fermés.