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02.09.2006

Anniversaire

Avant la guerre, jusqu’à l’année dernière encore, le marasme, accentué par la catastrophe européenne n’ayant pas atteint l’acuité actuelle, notre Directeur pouvait renouveler un geste cher à son cœur d’artiste; réunir les confrères et quelques personnalités en une fête charmante, autour du Fondateur d’Haïti-Journal, M. Sténio Vincent, Président de la République, fête au cours de laquelle coulaient de pair le champagne et les bons mots.

Aujourd’hui, l’instant de bonheur sera uniquement de propos aimables, de beaux souvenirs et de nobles espérances, toutes choses que fait surgir un jour d’heureux anniversaire. A cette minute qui nous est particulièrement agréable, dans l’atmosphère chaude des vœux qu’on échange entre collaborateurs et parmi les fleurs – attention délicate des amis – dont l’éclat et le parfum ne remplaceraient jamais, il est vrai, les présences évoquées, je pense aux services incommensurables que la presse a rendus. On a beau dire que le journal est une industrie et un commerce, que je n’en crois rien. Peut-être est-il cela; mais, il est sans doute mieux que cela. Personnellement, je me fais une grave idée du journaliste dont la mission est comparable, dans une large mesure, à celle de l’éducateur, dans ce pays-ci surtout, où la majorité a besoin qu’on pense pour elle. C’est la raison pourquoi la carrière devrait être réglementée. Car, si le journaliste instruit et honnête est utile à son milieu, l’autre, le primaire ou le coquin qui vit de chantage, n’ayant nulle semence à répandre, peut, tout en respectant la loi ordinaire sur la presse, constituer un danger social.

Puisque la plus parfaite union existe maintenant parmi les journalistes haïtiens, pourquoi ceux-ci n’essayeraient-ils pas de jeter les bases définitives du syndicat de la presse? En se donnant leurs propres statuts auxquels ils devraient une obéissance toute passive, les journaux veilleraient eux-mêmes au maintien des bonnes traditions de la carrière, en même temps qu’ils contribueraient – du moins je le crois – à rendre caduques les mesures qu’à un moment donné le pouvoir a dû prendre contre la corporation, dans l’intérêt de l’ordre, de la discipline et de la paix.

Marcel Salnave
Haïti-Journal, 20 janvier 1941

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