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15.08.2006
Politique Gouvernementale
Nous craignons que la presse d’information ne soit quelques fois, au-dessous de la tâche, quand il s’agit de renseigner sur les questions importantes qui réclament, en raison même de leur importance, un peu plus de sérieux dans les commentaires.
Ainsi, à l’occasion du projet du gouvernement d’un institut de café, un confrère a opiné gravement que les entraves créées par le gouvernement de Borno à la culture du tabac provoquèrent sa chute, en 1928... Or, l’élection de Borno en 1922, sa réélection en 1924, et son départ du pouvoir en 1928, sont des faits américains que l’histoire a déjà notés comme tels. D’autre part, le commerce du tabac n’a jamais suscité, que nous sachions, aucun problème ayant eu la vertu qu’on lui prête. On a pu avoir critiqué d’une manière acerbe la politique d’alors, ce qui contraria l’essor d’une industrie naissante, comme d’ailleurs, on ne cesse de reprocher à l’administration haïtienne de dresser sciemment des obstacles au développement de certaines industries dans le pays: fabrication des allumettes, fabrication de la bière et de quelques autres articles de forte consommation intérieure dont l’importation assure, par le truchement des droits de douane, un revenu appréciable au gouvernement. C’est là affaire d’un système financier erroné, dès l’origine, auquel nos gouvernements n’ont pas pu encore remédier, malheureusement.
D’une façon générale, nos journalistes se laissent trop facilement émouvoir. Le président Estimé a retenu tout au moins trois points capitaux du cas haïtien, qu’il entend résoudre en tant que Chef de gouvernement soucieux de ses responsabilités. Ce sont:
1) La libération du pays de toute ingérence étrangère.
2) L’extension et l’amélioration de notre agriculture sur quoi repose notre économie.
3) Le relèvement du standard de vie du paysan, qui peut facilement être obtenu par une réglementation juste et équitable de ses rapports commerciaux avec les centres d’affaires.
La terminologie nouvelle appelle ce mouvement généreux vers les masses “Justice sociale”, mot qui a fait fortune, en notre milieu, et que tous nous acceptons comme une chose honnête à pratiquer, désormais, en faveur de nos classes prolétariennes, et tout particulièrement des travailleurs de la terre, qui sont les forces vives, par excellence, de notre pays “essentiellement agricole.”
Le premier point peut être traité par le gouvernement tout seul. Pour la réalisation des deux derniers, le pouvoir est obligé de faire appel au concours et à la bonne volonté des exportateurs; car, cette double politique d’amélioration de notre agriculture et de relèvement du standard de vie du paysan cultivateur les concerne également à un haut degré, non seulement à cause du meilleur traitement qu’ils ont convenu d’accorder à leur clients des champs, mais aussi et surtout en raison de leur tâche agricole.
En effet, dans tout pays dont l’économie, comme Haïti, repose sur l’agriculture, ce sont les exportateurs qui plantent et qui , de cette façon s’adonnent automatiquement à l’extension et l’amélioration des cultures. Le système que nous a légué la colonie, basé sur le principe moyenâgeux du “bourrique travaille, cheval galonné” ne nous a pas permis de nous apercevoir que notre agriculture, livrée à elle-même depuis l’Indépendance – puisque ceux qui en profitent ne s’en occupent guère – n’a point progressé. C’est là un grand tort qu’il ne sera jamais tard de corriger et comme, consciencieusement, on ne saurait astreindre le paysan à plus d’effort dans les mêmes conditions ancestrales, l’Administration désire tout soigner elle-même, les frais restant bien entendu, à la charge des exportateurs qui seront, comme toujours, les premiers à bénéficier de ces améliorations.
Tout cela est juste. Mais comme il arrive généralement, à l’occasion de ces grands changements, l’accord définitif est lent à venir. Les discussions semblent interminables. On se fâche. On menace de tout abandonner. Mais, rien n’en sera de tout ce qui se dit. Le gouvernement qui, non seulement poursuit sa généreuse politique de justice sociale, mais s’évertue à réconcilier les haïtiens devenus des “frères ennemis”, ne désespère pas de voir ses contradicteurs épouser finalement ses points de vue
Car, il faut se rendre à cette évidence que seul le mieux-être auquel aspirent le masses peut créer l’apaisement et rétablir la concorde tant désirée.
Marcel Salnave
Haïti-Journal 14 octobre 1946
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