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16.07.2006
Où la raison intervient
Nous envions, dans la stricte limite, bien entendu, d’une bonne administration, notre confrère “Le Nouvelliste”, qui a su apporter des améliorations appréciables à sa présentation. Ses abonnés et ses lecteurs en général doivent lui savoir gré de telles innovations qui sont vraiment heureuses. Sa nouvelle rubrique, “Lettre de New-York au Nouvelliste”, sous laquelle, avec la collaboration de l’Agence France-Presse, sont publiées des informations étrangères de dernière heure et, le plus souvent, des commentaires très instructifs sur les problèmes politico-sociaux qui continuent de secouer les grands centres économiques du monde, retient de plus en plus l’attention.
On aura accordée à la lettre de l’ancien premier Léon Blum, publiée dans le numéro de samedi du “doyen”, tout l’intérêt qu’un tel document suscite. L’éminent homme d’Etat, chef du parti socialiste français, a donné un aperçu lumineux sur la production française dont la direction est intimement liée à la politique gouvernementale.
Cette politique, dans un pays pratiquant le gouvernement essentiellement parlementaire, c’est le suffrage universel qui la détermine. De là à revenir sur la bonté du régime socialiste, il n’y avait qu’un pas, que le grand leader a vite franchi en reprenant, dans sa lettre, la défense d’une doctrine qui lui est chère. M. Blum a dit des choses dignes d’être méditées, et là où nous voulons, justement en venir, c’est la franchise de l’écrivain qui n’a pas pu s’empêcher de signaler les difficultés d’application absolue de son système. Lisez de préférence, ce qu’a écrit le véridique chef socialiste. “L’échec de telle ou telle de ces expériences ne pourrait porter, à aucun degré, de témoignage valable contre l’ordre socialiste régnant sur l’économie internationale. Nous n’acceptons, cependant pas qu’on y mette fin par un retour au système dit libéral. Nous voulons, au contraire, qu’elles soient poursuivies et étendues, nous voulons qu’elles réussissent dans la mesure où un succès est possible et que , pour réussir, elles s’inspirent de plus en plus largement de l’esprit socialiste; d’un esprit de coopération volontaire entre les ouvriers et les paysans, entre les producteurs et les consommateurs, entre les cadres des travailleurs et des usagers, un esprit de justice et d’harmonie, un esprit d’abnégation et de subordination au bien public...”
“L’échec, a fait en outre remarquer M. Blum, provient de ce que ces problèmes ne sont pas susceptibles d’une solution entièrement satisfaisante dans in régime capitaliste – et la France, quoiqu’on ait pu dire, vit encore dans un régime capitaliste...”
Et c’est ici que la raison intervient. Si un pays organisé comme la France et, par ailleurs, assez fort pour se défendre contre des jeux contraires, éprouve tant de difficultés à l’application totale des procédés socialistes, quelles seraient les chances de succès des dits procédés dans les petits pays non encore disciplinés et subissant, par surcroît, en raison des lois géographiques, les influences, mieux, les injonctions des centres les plus foncièrement capitalistes du monde?
Nous ne disons pas qu’il n’y en aurait aucune; mais nous croyons que ces chances seraient proportionnelles aux concessions volontairement faites par le capitalisme qui, lui aussi, après deux formidables guerres et en face des nouvelles menaces que constitue le mécontentement mondial, fait montre de souplesse dans la lutte.
Ici, en Haïti, nous devons être de plus en plus intelligents et sages, pour admettre que si la révolution de janvier 1946 a vaincu et continue de vaincre les antagonismes de l’intérieur, elle ne va, malheureusement, pas d’une allure aussi franchement conquérante vers ses fins, à l’extérieur.
Ces commentaires du fameux leader socialiste sur les ennuis d’applications d’un ordre qui intéresse considérablement le milieu haïtien victime, depuis toujours, des forces capitalistes, sont venus à souhait comme pour apprendre que la lutte n’est pas aisée et nous conseiller de la mesure, du tact, toujours du tact.
Marcel Salnave
Haïti-Journal 19 novembre 1946
00:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note


Commentaires
De passage chez vous.
Ecrit par : Irrlichter | 17.07.2006
Je me suis attardé chez vous.
Ecrit par : Marcel | 18.07.2006
Cinquante ans après, c'est la justesse des vues de votre père qui m'interpelle. Je suis heureuse de faire connaissance avec la presse d'opinion haïtienne et je m'empresse de vous ajouter à mesliens, pour revenir chez vous.
Ecrit par : Irrlichter | 18.07.2006
Les commentaires sont fermés.