28.04.2006

La Banque Nationale de la République d'Haïti

Il est difficile d’émettre des points de vue sur la Banque Nationale de la République d’Haïti, sans qu’immédiatement des questions surgissent qui, bien que se rattachant au sujet, ne sont que des complications inutiles, susceptible de compromettre des propositions qu’on voudrait être simples et claires.

Ainsi, la Banque Nationale de la République d’Haïti dans l’état actuel de nos accords diplomatiques avec Washington, joue le rôle d’Agence Fiscale par rapport à l’Emprunt 1922. Mais comme en dehors du service fiscal, il a été désigné trois représentants des porteurs de titres pour remplacer le Contrôle Financier proprement dit, et convenu qu’un fauteuil serait réservé à chacun d’eux au Conseil d’Administration de la Banque, il se trouve que ces représentants de nos créanciers sont: d’une part, contrôleurs financiers défendant, comme il convient, les intérêts des porteurs de titres, d’autre part techniciens engagés, soi-disant, par le gouvernement haïtien pour administrer sa Banque.

En raison de cette double position de la Banque, on croit communément que notre politique bancaire est intimement liée à la politique internationale. Il y a là une regrettable confusion. On ne peut pas poser, en principe, que notre institution est rattachée au traité de 1915, au point de subordonner ses activités à la volonté des représentants de la politique étasunienne en Haïti.

Le contrôle financier est une chose, la Banque est une autre chose et cette dernière est placée sous l’autorité exclusive du gouvernement. Il convient donc, chaque fois qu’on considère la politique de la Banque, en tant qu’établissement national appartenant au gouvernement, de dissocier le représentant porteur de titres de l’Administrateur de la B.N.R.H. qu’incarne chacun des trois personnages américains qu’on rencontre dans notre rouage administratif, afin de simplifier la situation et reconnaître le droit du gouvernement d’assigner à notre établissement financier telle directive jugée nécessaire. C’est en usant de son droit de propriétaire que le gouvernement – il y a 7 ou 8 années – demanda à la Banque d’escompter les appointements des employés publics. Si les Administrateurs qualifiés ne se soucient guère de présenter un programme bancaire plus profitable à l’établissement de même qu’au commerce et à l’économie du pays, nos dirigeants ont pour devoir d’exiger un tel effort.

Car dans une communauté comme la nôtre, où aucune réalisation n’est possible, faute d’argent, il est inadmissible que des fonds restent éternellement figés dans les caveaux d’une institution qui jouit de la plus grande confiance et qui a la technique voulue pour en assurer un emploi régulier, avantageux tant pour les déposants que pour le reste de la République.

Marcel Salnave
Haïti-Journal 3 avril 1946

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