06.03.2007
Propos de Christophe Ippolito
Parlons peu ... Publications 1930-1950. Par Marcel Salnave. Port-au-Prince: Henri Deschamps, Impr., 1996. Avant-Propos de Joseph Thévenin. Préface de Paulette Poujol Oriol. Pp. 215.
Ce recueil de souvenirs et d’articles du grand journaliste haïtien et ancien directeur de Haïti-Journal s’ouvre par une préface qui analyse utilement les grands axes du livre. Ces souvenirs et ces essais sont marqués, comme le reconnaît Marcel Salnave, par des ombres (lorsqu’on est introduit dans les arcanes de la politique du pays à des moments troublés, de façon vivante et concrète, sans “langue de bois”), mais aussi par des lumières (un discours informé et positif sur les possibilités, malheureusement pas toujours réalisées, du pays qu’il chérit tant). Marcel Salnave se révèle parfois un homme plein de contradictions pour qui ne connaît pas intimement la situation à Haïti. Ainsi exarcerbe-t-il d’un coté le courage du journaliste, pour s’opposer en revanche, dans un débat enflammé, à une journaliste américaine qui défend une totale liberté de la presse. Il est vrai que les sentiments anti-américains de Marcel Salnave transparaissent souvent, et sont à la mesure de sa fascination pour le grand voisin. A l’inverse, c’est avec une grande retenue qu’il commente la politique gouvernementale dans ses éditoriaux, dont certains pourraient être cependant lus au deuxième degré. Ses positions quelques fois très originales sur la gestion de l’épargne provoquent-elles un “tollé”? C’est qu’il suit ici ses convictions, selon lesquelles l’intérêt général doit primer sur les divisions sociales intestines. Enfin, il faut évoquer ses chroniques sur la vie culturelle, où il apparaît comme un homme curieux de tout, et un mélomane averti, plus attiré par l’expression que la thecnique; un homme qui semble aussi attaché à la poésie de Léon Laleau qu’au créole imagé de l’homme de la rue. En somme, l’itinéraire d’un homme à la personnalité complexe mais indiscutable, et un livre qui nous fait redécouvrir Haïti dans un style attachant et séduisant. (CHRISTOPHE IPPOLITO)
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28.02.2007
Propos de Henri Mitterand
Marcel Salnave, né en 1889 à Haïti, est mort en exil à New York en 1983. Il a collaboré pendant de nombreuses années à Haïti-Journal, qui paraissait à Port-au-Prince. Un choix de ses articles, s’étendant de 1935 à 1950, vient de paraître en volume, par les soins d’un de ses fils, portant le même prénom. Le volume, intitulé Parlons peu... , d’après le titre général des chroniques de Marcel Salnave, est préfacé par Joseph Thévenin, ancien rédacteur en chef du journal et par Paulette Poujol-Oriol.
La carrière de Marcel Salnave s’est poursuivie sous plusieurs présidences, notamment celles des présidents Vincent, Lescot, Estimé, Magloire. Elle s’est interrompue après l’arrivée au pouvoir de Duvalier. Chacun des maîtres du moment respectait la hauteur de vues, l’indépendance et la culture de Marcel Salnave, lui-même petit-fils d’une figure illustre d’Haïti au 19e siècle, le Président Sylvain Salnave.
Ce recueil d’articles paraît au moment où Haïti, à la recherche de l’équilibre politique et d’une nouvelle démocratie, traverse des moments difficiles – mais qu’elle époque, dans l’histoire haïtienne, n’a pas été secouée de troubles? Il servira à la fois les hommes politiques et les historiens, en faisant revivre notamment la période qui a suivi, au cours des années trente, une intervention américaine destinée – déjà – à stopper les batailles de factions qui déchiraient l’île.
Marcel Salnave, les troupes américaines reparties et un minimum d’ordre étant rétabli, défend avec fermeté et élégance les principes d’une indépendance fondée sur l’autonomie d’une banque nationale, sur l’accroissement de la production et des exportations, sur le développement des infrastructures et sur l’aide aux paysans. Ses positions sont mesurées : s’il lui arrive d’admonester les pouvoirs, de condamner le régime des faveurs et de la corruption, il suit une ligne modérée, toujours respectueuse du système institutionnel.
Son propos est essentiellement celui d’un moraliste – ce qui n’exclut pas une grande attention aux réalités économiques. Les chapitres du livre ne suivent pas un ordre chronologique, mais regroupent les articles de Salnave selon leurs sujets : le nationalisme, la politique gouvernementale, l’économie, la banque et les finances, etc. Il est significatif que le premier de ces chapitres ait pour objet le journalisme même, et son éthique. Tout est dit dans ces lignes : “Le journaliste honnête ne peut professer qu’en émettant des opinions sincères, qu’importent les risques que lui vaut sa franchise”. Au reste , Marcel Salnave sera emprisonné trois mois sous Duvalier.
A la moralité du professionnel, s’ajoute la liberté intellectuelle de l’homme de culture. Commençant par les devoirs du journaliste, le livre s’achève, symétriquement, par l’éloge de la musique, et de plusieurs virtuoses haïtiens des années 40. Bach et Chopin surgissent au milieu des réflexions sur l’exportation de la figue-banane et sur les combinaisons parlementaires. Le commentateur politique cède la place à l’amateur, à l’artiste et au critique.
L’oeuvre journalistique de Marcel Salnave exprime ainsi, à l’image même de son auteur, la double réalité d’Haïti : une nation pauvre mais fière, toujours tourmentée par les faiblesses de ses ressources et par l’acuité de ses querelles intérieures, mais dont les élites restent marquées, plus que partout ailleurs dans les Caraïbes, par le goût des idées, du beau langage et de l’art – tout simplement, par l’humanisme.
Henri Mitterand
Henri Mitterand est professeur de Philosophie en langue française à Columbia University.
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30.01.2007
Propos de Catherine b. Silver
To: Marcel Salnave fils
From: Catherine b. Silver
Re: PARLONS PEU... :PUBLICATIONS 1930-1950... Ecrit par Marcel Salnave
C’est avec un grand plaisir que j’ai lu les articles de Marcel Salnave regroupés dans un volume spécial par l’un de ses fils.
Le portrait que nous gardons de lui est celui d’un homme imprégné d’une belle culture qui, en plus d’une grande connaissance de la littérature et un grand amour de la langue française, avait aussi un sens profond de la culture et de l’identité haïtienne qu’il cherchera, durant toute sa carrière journalistique, à faire apprécier.
Un des thèmes de ses articles qui me touche spécialement, est celui du rôle, primordial, de l’éducation dans la création d’une société prospère et démocratique. Comme il dit avec tant de justesse et de poésie: “Ouvrir une école c’est rendre l’homme libre.”(P.177) Dans son travail de journaliste, il essaye d’ éduquer le lecteur pour lui faire prendre conscience de son rôle essentiel dans une société ouverte et libre. Il entend aussi éduquer les élites et les gouvernements, et plus que tout, il souhaite que les journalistes puissent exprimer librement leurs idées.
Marcel Salnave est un démocrate qui soutient et défend les droits des individus. Tout en reconnaissant les droits individuels, Il pense que l’intervention de l’Etat est quelques fois salutaire, là où sa présence est jugée nécessaire pour dicter des mesures visant au bien être généralisé. Il pense aussi que le secteur privé doit être encouragé sous l’égide du gouvernement.
Son nationalisme est modéré, il rejette la violence comme solution aux problèmes sociaux. Il voyait Haïti comme étant un pays avec une identité culturelle distincte qui pouvait s’assimiler aussi bien à l’Europe qu’à l’ Amérique.
Marcel Salnave était un journaliste avec une prose claire et directe. Il savait être aussi bien un poète qu’un humaniste. Ces qualités qui le caractérisent si bien sont aussi, peut-être, la source même de son idéalisme et de ses vues, souvent, romantiques et utopiques. Vue l’histoire de Haïti, il semblerait que les forces de violence et de destruction étaient déjà à l’oeuvre, spécialement dans un monde déchiré, depuis des décennies, par des guerres multiples.
Sa vision de la société Haïtienne est malgré tout originale, et nous ne pouvons qu’espérer qu’elle devienne un jour une réalité.
Catherine b. Silver
PH.D. PROGRAM IN SOCIOLOGY
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